Émotions ou sentiments? Comment et pourquoi les distinguer

Lorsqu’il est question d’émotions, la majorité des gens confondent et utilisent indistinctement les deux termes émotions et sentiments. Je vous entend déjà me dire que ça ne doit pas être une erreur si grave, et qu’il y a pire quand même comme problème dans le monde! Certes, je vous donne raison là-dessus. Il est vrai qu’il semble y avoir peu d’implications concrètes associées à cette fréquente confusion, et en même temps, j’avoue être une fervente militante de l’utilisation d’un langage commun pour décrire les réalités qu’on expérimente. En effet, il m’apparaît que parler le même langage contribue de façon notable à mieux se comprendre et comprendre les autres. Je vais donc vous résumer au meilleur de mes capacités la distinction entre une émotion et un sentiment, que la majorité des chercheurs en psychologie des émotions s’évertuent à faire. J’espère non seulement ne pas vous perdre à travers ces explications terminologiques, mais surtout vous éclairer sur l’angle à adopter pour mieux vivre chacun de ces deux types d’expériences émotionnelles. En effet, dépendamment du type d’expérience émotionnelle vécue, nous verrons plus loin que les pistes de réflexions et d’action peuvent être différentes.

Définition du terme émotion

Les émotions, aussi appelées émotions de base ou émotions primaires, sont des réactions rapides, brèves et automatiques. Nous n’avons pas de contrôle sur leur apparition (mais nous pouvons bien sûr déterminer ce qu’on fait avec!). Elles sont déclenchées pour favoriser nos chances de survivre face à différentes situations, et aussi pour nous aider à nous y adapter adéquatement. J’aime bien dire qu’elles sont comme des boussoles, pointant subtilement ou de façon frappante la direction à suivre pour retrouver notre Nord (soit un meilleur état d’équilibre). Leurs déclencheurs sont d’ailleurs généralement identifiable assez facilement. Par exemple, on peut penser à la peur des araignées, à la tristesse associée au départ d’un être cher ou à la perte d’un emploi, ou encore à la surprise d’arriver chez soi et d’y trouver vingt personnes cachées derrière les meubles criant « bonne fête! ». Ces émotions de base sont généralement admises comme étant au nombre de six par les chercheurs. Il s’agit de: la joie, la tristesse, la colère, la peur, la surprise et le dégoût.

Celles-ci s’accompagnent de réponses physiologiques immédiates (ex: une accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, expressions faciales). Des manifestations particulières à chacune d’elles sont aussi reconnaissables indépendamment de la culture, du genre, de l’âge, de la religion ou d’autres caractéristiques individuelles. C’est d’ailleurs grâce à cela qu’une majorité des experts sur le sujet se sont entendus pour dire que ces six là pouvaient être considérées dans une même catégorie. Toutefois, il est intéressant de savoir que d’autres expériences émotionnelles, telles que l’amour, la fierté et la sérénité, font encore l’objet de débats ardents à savoir de quel type il s’agit! En effet, la science évolue constamment et ne cessera jamais de nous étonner!

Définition du terme sentiment

Et nos sentiments, eux, ils mangent quoi en hiver? Pour poursuivre dans cette analogie ludique, leur alimentation à eux est plus compliquée un peu! Les sentiments, aussi appelés émotions secondaires, correspondent à des expériences émotionnelles plus réfléchies et complexes. Ils impliquent des processus cognitifs, notamment nos pensées et nos interprétations. Ils sont donc davantage influencés par nos expériences personnelles, notre culture et notre environnement social. Par exemple, ressentir de la peur face à un chien agressif relève de l’émotion, tandis que ressentir de la méfiance quant aux chiens suite à une expérience négative relève du sentiment. Le sentiment de méfiance, dans ce contexte, pourrait donc être suscité et alimenté par la pensée : « les chiens sont dangereux et imprévisibles».

Bien que cette distinction puisse sembler théorique, elle s’avère utile dans la vie quotidienne. Elle permet notamment d’ajuster les stratégies de régulation en fonction de ce qui est vécu.

Émotions et mouvements

Lorsqu’une émotion comme la colère ou la peur se manifeste, il est tout-à-fait inutile de tenter de la supprimer ou de l’éviter. Elle apparaît de façon automatique, qu’on le veuille ou non! Nous ne pouvons pas décider si oui ou non nous souhaitons la vivre sur le moment et en ressentir les différents symptômes associés (ex: tremblements, sueurs froides, mouvement de retrait, etc.).

L’objectif est plutôt d’apprendre à la réguler au mieux, ainsi qu’à comprendre le message qu’elle souhaite nous délivrer. L’émotion est toujours là pour nous aviser qu’une situation nécessite notre attention. Peu importe si elle est confortable ou inconfortable à vivre sur le moment, elle ne souhaite jamais notre mal et n’est jamais négative en soi. Elle est là pour nous pousser à nous mettre en mouvement. Il est d’ailleurs fascinant de savoir que les quatre émotions qu’on ressent les plus souvent peuvent chacune être associée à un mouvement spécifique et représentés simplement par une flèche, soit:

La joie : Vers l’avant (besoin de continuité, de partage)

La tristesse = Vers le bas (besoin d’acceptation, d’adaptation, de deuil)

La peur = Vers l’arrière (besoin de sécurité, de protection)

La colère = Qui repousse quelque chose (besoin de changement, d’expression)

Dépendamment du mouvement associé à l’émotion vécue, diverses stratégies de régulation peuvent être utiles. Par exemple, prendre du temps pour soi, méditer, parler à un être cher ou écrire sur ce qu’on ressent seraient alignées avec le mouvement de la tristesse, alors que communiquer activement (et de façon non-violente) sur l’objet de nos frustrations ou affirmer nos limites constitueraient des stratégies en cohérence avec le mouvement de la colère.

Sentiments, causes diverses et pistes de réflexions

À l’inverse, les sentiments reposent sur des processus plus élaborés et sont influencés par une multitude de facteurs, notamment la personnalité, la culture et le conditionnement social. Il en existe une grande diversité, parmi lesquels on peut citer l’anxiété, le désespoir, le découragement, l’espoir, la culpabilité, la honte, la jalousie, l’envie, l’excitation ou encore la gratitude.

Dans cette perspective, un travail d’introspection à l’égard des sentiments que nous expérimentons le plus fréquemment s’avère toujours pertinent, surtout lorsque certains d’entre eux sont vécus de manière intense, récurrente et persistante. C’est notamment le cas pour les personnes qui ressentent de la culpabilité ou de la honte s’étendant à différentes sphères de vie et affectant notablement leur fonctionnement. Il est utile d’explorer nos interprétations des situations, ainsi que l’influence de notre histoire personnelle, de notre éducation ainsi que du monde dans lequel on vit. Disons que la société de performance, pour ne nommer qu’elle, contribue activement à ce qu’on se sente coupable et honteux si on traverse un épisode dépressif, sommes moins présent à la maison ou moins efficace au travail. Mieux comprendre comment nos schémas de pensée contribuent à l’émergence de certains sentiments constitue une étape importante vers un mieux-être.

Il est d’ailleurs reconnu que les relations vécues durant l’enfance jouent un rôle déterminant dans le développement et la fréquence d’apparition de certains sentiments à l’âge adulte. Lorsque ces expériences génèrent une détresse significative, aller chercher du soutien professionnel est recommandé. Si vous choisissez d’aller de l’avant avec une démarche de consultation, assurez-vous d’ailleurs de vous sentir en confiance dans la relation thérapeutique, puisqu’il est reconnu que ce beau et doux sentiment est l’un des principaux facteurs d’efficacité de la démarche!

Pour aller plus loin:

Ressources utiles:

Brown, B. (2021). Atlas of the heart: Mapping meaningful connection and the language of human experience. Random House.

Gross JJ. The Emerging Field of Emotion Regulation: An Integrative Review. Review of General Psychology. 1998;2(3):271-299. doi:10.1037/1089-2680.2.3.271

Kleinginna, P. R., & Kleinginna, A. M. (1981). A categorized list of emotion definitions, with suggestions for a consensual definition. Motivation and Emotion, 5(4), 345–379. https://doi.org/10.1007/BF00992553

Kotsou, I. (2019). Intelligence émotionnelle et management: Comprendre et utiliser la force des émotions (4e édition). Paris: Deboeck Supérieur.

Hélène Fortin Lachance

Hélène Fortin Lachance

Ma mission est de vous aider à mieux vivre vos émotions et/ou à accompagner efficacement celles de vos enfants. J’adore aussi utiliser des images et techniques d’impact pour approfondir les réflexions.

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